Une TDS en mode galère

août 29th, 2011 by Bruno | 13

Il y a un peu plus de 3 semaines j’ai soudain pris conscience que j’étais inscrit à la TDS et que les 110km n’allaient pas se laisser dompter aussi facilement. C’était un peu tard pour rattraper un entrainement déficient, j’ai donc misé sur une préparation mentale de choc : après tout ne dit-on pas que l’Ultra c’est 80% de mental ?

C’est donc fort d’un mental chargé à bloc que j’ai pris le départ de la TDS, restait plus qu’à savoir si les jambes allaient tenir.

Courmayeur-Bourg Saint Maurice (44km/2380d+/7h24) : Des petites erreurs qui coûtent très chères

À 9h du matin il faisait déjà chaud sur Courmayeur. J’avais prévu le coup mais j’ai mal évalué la force du soleil en altitude. Des la sortie de Courmayer nous empruntons les chemins remontant les pistes de ski. Aucun arbre pour nous apporter un peu d’ombre et les 1500m de D+ jusqu’au col de la Youlaz se font en plein cagnard. J’ai bien noté que mon cardio était élevé pour mon rythme de montée (autour de 800m/h) mais je n’ai pas ralenti pour autant. Le paysage était magnifique j’avais de bonnes jambes. Dans la descente sur la Thuile je me sens vraiment bien et descend à mon rythme sûr de moi et de ma bonne forme. Trop confiant je néglige la boisson. Quand j’arrive à La Thuile au bout de 3h12,  il me reste la moitié d’un des deux bidons. Je n’ai donc bu qu’un litre pour 3h en plein soleil. La sanction est immédiate. Des les premières pentes du col du petit Saint Bernard, j’ai les jambes coupées, ma tête me tourne et mon estomac se contracte méchamment. Je reprends des forces en haut du col grâce à une température un peu plus clémente. Par contre à ce moment de la course je n’ai pas identifié les causes de ce mal être. Je m’apitoie sur mon sort plutôt que de rechercher des solutions au problème. Je vais mettre plus de 2h pour parcourir les 14km de descente (sur des chemins faciles !) vers Bourg Saint Maurice. J’essaye déjà de me justifier un abandon prématuré.
Heureusement, mes parents qui sont en vacances pas très loin de Bourg St Maurice, m’attendent au ravitaillement où j’arrive dans un sale état. Je reste un bon moment en leur compagnie, on ne parle pas trop, je bois tout doucement la saint-yore que je leur avais demandé de m’amener. Et puis petit à petit je reprends confiance et décide (c’est pas trop tôt) de reprendre les choses en main. D’abord s’alimenter, rien ne solide ne semble vouloir rester bien longtemps dans mon estomac, je prends deux bonnes soupes et du coca cola.

Bourg Saint Maurice- Entre deux Nants (44km/2785d+/7h): Pac Man I

Je repars de Bourg St Maurice après trois quarts d’heure d’arrêt. La baisse de la température aidant je retrouve des forces et me lance dans une longue partie de Pac Man. Parti de Bourg à la 388ième place je vais remonter plus de 200 coureurs jusqu’au 80ième kilomètre. Les 15km de routes pour contourner les orages autour du Passeur de Pralognan me laissent un gout amer, car les crêtes que nous apercevons semblent magnifiques sous la lumière rosée de la fin de journée. C’est moralement difficile de marcher sur une route à 6% de moyenne. Sur un ultra c’est déjà trop pentu pour courir (tout au moins à mon niveau) et le temps semble se figer. Il faut se concentrer sur un point fixe, pour moi le fait d’avoir toujours un coureur devant moi à rattraper sera ma motivation principale mais j’arrive bien entamé au col de Roseland. Je prends un bon quart d’heure pour me changer avec un collant long et une fine polaire, avaler une soupe, une compote et du thé. J’ai beau essayer tout ce qui est solide sur le ravitaillement rien ne passe. La nuit vient de tomber, il n’y a plus un nuage nous avons la tête dans les étoiles. J’aime beaucoup et je poursuis ma remontée jusqu’Entre deux Nants.

Entre deux Nants-Les Houches  (30km/1680d+/8h30): Estomac 1 – Bruno 0

Peux après Entre deux Nants, les piles de ma frontale me lâchent et je passe sur la Tika plus petite (je me suis bêtement trompé en embarquant des piles non chargées et en laissant dans le sac les piles chargées). C’est le début d’une longue période difficile. 8h30 pour faire 30km dans une lute incessante avec mon estomac. Ce dernier se contracte dans une méchante douleur et crie famine lorsque mon stock de glucides est au plus bas. Sauf que Monsieur ne veut rien ingurgiter. La boisson énergétique le calme quelques minutes mais guère plus longtemps. Seul les gels passent sans problèmes. Mais j’en avais que 3 en secours, d’habitude le solide passe tout seul, je n’avais donc pas prévu de carburer au gel. C’est rageant car 5mn après l’absorption d’un gel je retrouve des bonnes jambes et je repasse des concurrents. Une fois l’énergie épuisée plus moyen d’avancer, j’ai juste envie de m’allonger et dormir. Une fois mes trois gels consommés c’est le mental qui va prendre le relais et me tirer par je ne sais quel miracle.
Aux Contamines un soigneur va m’apporter un début de réponse, en me proposant de boire de toutes petites gorgées pour ne pas saturer l’estomac, mais toutes les trois ou quatre minutes. En alternant eau est boisson énergétique, je peux assurer le service minimum, notamment dans la difficile montée du col du Tricot. De nuit c’est magnifique de voir un serpent de frontales gravir les 600D+ très abrupte.

Les Houches-Chamonix  (8km/200D+/53mn) : Pac Man II

J’arrive un peu avant 8h aux Houches. À mon allure il me faudra encore deux heures pour rallier Chamonix. C’est dommage j’aurais bien aimé terminer en moins de 24h. Les cloches de l’église des Houches sonne 8h quand je repars et je me dits allez pourquoi pas tenter le coup. C’est comme un déclic, alors que je ne pouvais presque pas marcher quelques kilomètres plus tôt, mes jambes se déroulent et s’activent toutes seules. Je visualise un parcours de la même taille avec autant de dénivelé (+200m) que j’avais l’habitude de courir en région parisienne et me persuade que 8km/h c’est pas si dur que ça. Je remonte quelques coureurs, je les encourage en leur disant qu’il faut tenter d’arriver avant les 24h. Plus Chamonix se rapproche et plus j’accélère. Mais où sont les douleurs, où est la fatigue accumulée après un jour de course ? Encore une preuve de la force de l’esprit sur le corps. Si seulement j’avais pu dompter mon estomac de la même manière. 53mn est me voilà sur la ligne d’arrivée. J’en termine heureux et content de retrouver un groupe de collègues venu m’accueillir.

Conclusion :

J’avais pour objectif de faire une TDS en mode plaisir, c’est complètement loupé. J’en ai bavé pratiquement du début à la fin.

Ceci étant dits, j’en retire une énorme satisfaction. Avec mes 250km de courses dans les 3 derniers mois, il était difficile d’espérer faire un bon temps. Mais surtout, c’est dans la difficulté qu’on apprends le plus. J’ai donc engrangé une tonne d’expérience pour la suite : gestion de la chaleur, hydratation, nutrition en course…

D’ailleurs j’ai bien envie de finir la saison par l’Ultra des Templiers pour essayer de valider ce que j’ai appris ce week end.

Question Chaussures : Je suis super satisfait de mes Saucony Peregrine qui ont bien protégé mes pieds pendant ces 24h de courses. Hormis la fatigue je n’ai aucunes douleurs ni aux pieds ni aux jambes.

 

Commentaires

 

 

13 Comments on “Une TDS en mode galère”


  1. Runmygeek said:

    Ouah cette foule d’informations que tu nous apportes, je mets tout ça dans un coin de ma petite tete, encore bravo, j’ai suivi une grande parti de ta course sur Facebook. En espérant te voir aux Templiers, bonne récupération.


  2. virginie said:

    Bravo pour le challenge et merci pour le récit stupéfiant et édifiant… Je suis sure qu’un jour je repenserai à ton récit ! C’est beau de voire un tel mental ! A bientôt sur les templiers …


  3. Fabmars said:

    Bravo !


  4. Greg Runner said:

    Bravo pour ce travail mental et pour avoir était jusqu’au bout quand la tentation d’abonner était là. C’est une très grande expérience, que je te remercie de partager. Bonne continuation. Je te souhaite un beau succès pour les templiers.


  5. julien said:

    Tu as bien fait le plein d’expérience et on en profite aussi !
    (les Saucony… :) )
    Bravo pour cette course et ce récit.

    Il est plein de contrastes entre tes sensations « gastriques » et les paysages décrits… Même la photo qui illustre le billet : un ultratrailer, un homme en fauteuil !
    Bonne fin d’année aux templiers…


  6. Lexel said:

    80% de mental ??? vous m’en remettrez bien un pti 10% en plus pour finir :-)
    En tout cas bravo d’être allé au bout dans de telle conditions.


  7. Bruno said:

    @tous : Merci pour vos encouragements.

    @Runmygeek et @Virginie : ça y est l’inscription est validée pour l’ultra, il n’y a plus qu’a programmer la bière pour le vendredi soir :D  

    @julien : oui la photo n’est pas de très bonne qualité mais je souhaitais la publier car c’est mon père en arrière plan. Et il semble heureux de voir son fils arriver là. Et je me suis dits à ce moment : «bruno, t’es con de t’apitoyer parce qu’il fait chaud, parce que t’as mal au ventre, parce que t’es plus dans les premiers, parce que…..Lui que tu sois premier ou dernier il est juste content de voir son fils courir dans les montagnes, c’est l’image d’un gars qui se plaint et qui fait la gueule que tu veux montrer à tes parents ?.» Le déclic n’a pas été immédiat, je suis resté longtemps au ravito de Bourg St Maurice, mais une fois que c’était repartis il n’a plus jamais été question d’abandonner, juste trouver des solutions pour arriver au mieux à Chamonix.


  8. Runonline said:

    @Bruno: galère mais il y a une petite pointe d’humour dans ton récit et c’est vrai qu’on retiendra nous aussi la leçon. Cela me rappelle dans une moindre mesure mes mésaventure des Templiers…c’était juste pour faire le lien avec la bière :-)

    Bonne récup’, tu en as besoin.


  9. julien said:

    il doit être sacrément fière le papa !
    et il apporte surement bien plus que les 10% qui manquaient à Lexel ;)


  10. lamiricore said:

    Bonne recup et rdv à l’Endurance Trail !
    Tu me lâcheras ton tel pour qu’on puisse enfin se croiser ?


  11. KiLLian said:

    Bravo ! Tu t’es bien accroché :-)

    Alors, c’était vraiment plus « sauvage » que l’UTMBbis ?

    On devrait se re-croiser à l’endurance trail…

    Au fait : trop sympa la vidéo de la station de trail ;-)


  12. Bruno said:

    @killian : c’est un peu plus engagé, on a eu le droit à un beau pierrier, mais le plus beau passage (le passeur de pralognan) a été supprimé. Les cols m’ont paru aussi un peu plus dur que sur l’UTMB, je pense au col du Tricot notamment qui n’est pas un col pour Mamies :D  

    @Lamiricore : ça marche, ça va être la fiesta à Millau !


  13. Ultra Way Of Life » Trail de l’Ours et fin de ma préparation pour l’Endurance Ultra Trail said:

    [...] avec une belle course, mais je reste très confiant dans ma préparation. Je suis sortie de la TDS avec une énorme envie de courir et de me redonner un objectif pour la fin de l’année. [...]

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