Une réponse au surentraînement : l’approche holistique 1/2

oct 15th, 2010 by Bruno | 8

Je viens de lire un article intéressant de Denis Riché dans le dernier numéro d’endurance trails. L’auteur part de l’exemple de Kilian Jornet et de l’accumulation de ses performances pour s’interroger sur les limites du corps, et notamment sur les capacités de récupération : 

«Le problème de fond que pose ce genre d’exploit (Kilian’s Quest ) c’est qu’il tend à banaliser l’impossible et à tirer vers le haut sur l’échelle de la surenchère tout un tas de coureurs qui n’ont ni l’ossature, ni l’hygiène de vie, ni la programmation, ni enfin les plages de récupération qu’il devraient s’accorder. Car au-delà de l’aspect visible des atteintes musculo-tendineuses, avec leurs cortège de gêne, de douleurs, d’inconfort se cachent toutes les répercussions nerveuses, immunitaires ou hormonales, la plus part invisibles et non recherchées, qui constituent la base du syndrome de surentraînement ou d’épuisement. (…) En fait, j’aimerais pouvoir souhaiter à Kilian et à tous les amoureux du trail qui doublent l’UTMB et Réunion ou Templiers, ou à ceux qui auront déjà 3 trails de plus de 4 heures dans les jambes en avril, de les retrouver quelque part sur un sentier ou un pierrier dans 4 ou 5 ans. Ce serait bien, car tous ceux que je côtoyais en ces même lieux il y a quinze ans sauf exception n’y courent plus.»

Je rejoins l’auteur sur son raisonement mais je souhaite montrer que ce dernier n’est viable qu’en s’appuyant sur une vision étroite et restreinte de l’ultra : celle de la course à pied comme une accumulation de performances, c’est à dire une vision technicienne et scientifique. Cette vision est partagée par la très grande majorité d’entre nous et part toute la communauté scientifique comme le montre ce bel article de Fabrice sur son blog Runonline.

Je m’oppose à cette pensée en prônant une approche de la course à pied comme source d’équilibre, de bien être voir même de développement personnel.

Traditionnellement, il est admis que pour faire une performance en course à pied il faut développer toute une serie de facteurs definies par les physiologiste du sports. Dans notre cas ce sera vma, puissance musculaire, et endurance fondamentale n’en citer que trois. À partir de ces données, un plan d’entrainement le plus optimale est alors définie en fonction de l’objectif de performance. Le coureur n’ayant plus qu’à le suivre au plus près quitte à réorienter une partie de sa vie dans ce but.

L’erreur est peut être à ce niveau. À vouloir centrer tout son entrainement sur une serie de facteurs prédéfinis plus ou moins objectivement (scientifiquement diront d’autres) nous créons un déséquilibre pour deux principales raisons :

-Habitué à une vie differente, nous créons un environnement nouveau ou une grande partie des habitudes sont chamboulées voir sacrifiées au profit du sacro saint plan d’entrainement : lever plus tôt, changement de régime alimentaire, diminution des temps de repos ou de festivités, sans pour autant diminuer le stress de la vie professionnelle et/ou familliale. Ces changements ne sont pas effectués pour eux même, c’est à dire pour ce qu’il nous apportent dans notre hygiène de vie mais pour un but prédéfinis temporisé. Donc ils sont souvent mal vécu par notre corps qui les perçoit comme une privation de plaisir.

-De par son focus sur quelques facteurs précis, le plan d’entrainement va forcer le corps à s’adapter et s’orienter dans une direction qui n’est pas forcement celle qu’il aurait choisi. Pour le dire autrement nous nous imposons extérieurement le but et le chemin. Le corps n’ayant plus son mot dans l’histoire. C’est marche ou crève et malheureusement comme peu d’entre nous semblent posséder les capacités de résistance à l’effort de Kilian, c’est bien souvent vers la blessure que mène le plan d’entrainement.

Je pense qu’il faut au contraire changer l’angle d’attaque en passant d’une vision spécifique à une vision holistique. C’est ce que j’essaierai de développer dans un prochain article.

Commentaires

Crédit Photos : Alain Limoges

8 Comments on “Une réponse au surentraînement : l’approche holistique 1/2”


  1. Olivier said:

    Merci pour cet article qui vient à point : je suis dans une période où je sens profondément le besoin de revoir ma façon de penser la pratique de la course à pied de manière générale. En effet, malgré une coupure de 2 semaines puis des semaines assez légères, je sens que mon corps en a bien bavé ces dernières années et les douleurs plus ou moins grandes sont toujours là, preuves s’il en est qu’il a subit bien des traumatismes. Père de 3 enfants dont le plus vieux à 7 ans, volontairement le plus présent possible à la maison, je m’entraine soit très tôt, soit (le plus souvent) très tard et finalement ne m’accorde que peu de repos.
    Tout comme une bonne position du corps engendre la bonne pose du pied, il me faut repenser à tout cela de manière plus générale et plus apaisé, la pratique de la course à pied n’est pas un sport calé dans un emploi déjà bien rempli mais l’émanation d’une vie plus sereine et plus légère…
    Bref, ignorer le superflu et ne garder que ce qui est riche de sens, de plaisir et de sérénité. Tout un programme ! Mais à partir de là, tout devient plus simple !


  2. lamiricore said:

    Un article intéressant mais je ne suis pas tout à fait d’accord avec toi : un plan d’entrainement n’est pas à suivre à la lettre. Si on l’adapte à son rythme de vie, sa profession, sa famille … il est tout à fait possible d’enchaîner les courses sans se blesser et sentir de fatigue voir même lassitude.

    Bon nombre de coureurs de milieu de peloton s’en sortent très bien et enchaînent méthodiquement les courses en s’ECONOMISANT.

    Bien sur ne pas se lancer dans un Ultra toutes les 3 semaines mais je pense qu’il est possible si on écoute son corps et que l’on fait attention aux signes extérieures d’enchaîner sans faire un objectif principal chaque course courue évidemment.


  3. itti said:

    Encore un article très intéressant, j’attends la suite.
    Ayons découvert la course assez tard, je note et j’observe les effets positifs et négatifs que cette pratique peut avoir sur ma vie et ma personnalité. Je suis d’accord quand tu parles de « développement personnel », on pourrait même parler de spiritualité (même si le mot est très fort) dans le sens d’un lieu de conaissance de soi, du monde, un lieu de croissance. Mais le risque est fort, quand on parle d’ultra, ou fixer la limite, après l’UTMB, le Tor des Géants ? On peut même questionner ce que fait Serge Girard, il est admirable en un sens, mais je me demande comment il finira, s’il saura s’arrêter. J’espère que ta deuxième partie nous mènera vers une vision équilibrée de notre sport !

    Thierry


  4. Greg said:

    Je suis assez d’accord avec lamiricoré. Suivre un plan d’entrainement à la lettre est déjà une erreur. Il faut savoir l’adapter à différents paramètres qui sont individuels.

    Ainsi, dans « l’alimentation du sportif » (édition Amphora), l’approche n’est pas limitée au plan de nutrition et d’alimentation. Ce livre va plus loin: en page 19, iles t ainsi dit que l’équilibre alimentaire s’appuie sur 3 notions:
    - Biologique (pour sa valeur énergétique)
    - Psychologique (gestion des aliments plaisirs)
    - Social (alimentation lors de diners familiaux, etc).
    On voit l’importance du plaisir et du lien social, pris en compte dans l’alimentation du sportif, tout en intégrant le plan énérgétique.

    Aussi, il ne faut pas opposer la vision spécifique à la vision holistique. Ces 2 éléments doivent être intégrés dans un tout pour effectuer un entrainement optimum et sans risque de surentrainement.

    Finalement, le surentrainement est tout simplement dû à une préparation scientifique, sans approche individuelle qui serait liée au ressenti du sportif.


  5. Bipedy said:

    Merci pour vos réactions qui ouvrent le débat.

    @Lamiricore : loin de mois l’idée de ne pas enchaîner les courses dans l’année, je serais mal placé au vu de ma saison. Oui nous pouvons aligner les courses, la question telle que je l’aborde et telle que la pose Denis Riché dans son article est de savoir s’il est possibles de le faire sur de nombreuses années. Ma réponse est oui à condition de voir dans la performance une conséquence et non un but. Le but devant être plus holistique et s’inscrire sur le développement de son corps et de son mental.

    @Greg : Merci pour la référence, l’aspect social et psychologique de l’alimentation me semble aussi important que la partie biologique. Quant à l’opposition spécifique et holistique, je dirais que que si tu intègres du spécifique dans l’holistique il devint lui même holistique. C’est un peu rhétorique j’en conviens, mais je te rejoins sur pleinement sur l’appropriation des plans d’entraînements. Néanmoins je crois que la majorité des pratiquants sont dans l’approche scientifique plus que dans le ressenti.

    @Olivier et Itti : ces interrogations sur le rôle de la course à pied dans le développement personnel, sont en effet primordiales pour durer dans ce sport. Sans elles, il me semble que nous aurions tous des carrières à la «Laure Manaudou» (sans les médailles…).


  6. Ultra Way Of Life » Un petit moment d’absence said:

    [...] de vie dans ce lieu, même quand je n’y suis pas. C’est signe que le minimalisme et une certaine vision holistique de la course à pied se développe tout [...]


  7. Bilan février et mars 2011 « crapahut said:

    [...] Par contre, et malgré mon entrainement millimétré, il est aussi tout à fait probable que ce soit vous, chers lecteurs, qui me dépassiez alors que je croupis dans un fossé, régurgitant mes pâtes d’amandes trop dosées, et dans un état proche de l’abîme susmentionnée, car vous aurez compris que dans la vie, il n’y a pas que la course à pied et les blessures et donc vous aurez ménagé votre monture, dans une parfaite approche holistique. [...]


  8. Ultra Way Of Life » Une fin de saison logique said:

    [...] échec va me permettre d’ajuster mon entrainement. Dans mon billet sur l’entrainement holistique, j’insistais lourdement sur le renforcement du corps dans son ensemble. Je n’ai pas [...]

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