Ultra Trail et minimalisme

Après l’euphorie des premières découvertes de la course minimaliste, il est temps de se poser et de faire un point.
Ces dernières semaines, j’ai atteins une impasse, j’ai voulu garder mon kilométrage hebdomadaire et surtout ma vitesse de course tout en augmentant les entrainements sans chaussures ou en five fingers. Mes pieds sont en train de me faire savoir que ça va être difficile de continuer comme cela. Dans un même temps, je ne veux pas diminuer mes heures d’entrainement de peur de ne pas réussir à boucler la TDS cet été.
J’ai alors compris mon erreur : durant ces derniers mois, je me suis fixé sur cette idée de course minimaliste en oubliant que mon but est avant tout de courir longtemps.
Finalement la course minimaliste doit découler de la progression dans le monde de l’ultra et pas l’inverse, ce n’est pas parce que l’on cours pieds nus que l’on est un bon coureur de longue distance.
Dans le dernier numéro de Trail attitude dans un article sur la Susitna 100, il y avait cette belle phrase d’Erick Basset en réponse au désormais célèbre : «si t’as pas une rolex à 50ans t’as loupé ta vie». «Dans le trail à 50 ans si t’as toujours une montre t’as pas d’allure !».
Le coureur d’ultra, en fonction de son expérience se dépouille de plus en plus. Mais c’est avant tout l’expérience qui vient remplacer le superflu, et celle ci ne s’acquiert qu’avec l’accumulation de milliers de kilomètres.
On peux pousser la comparaison avec la randonnée légère. Si vous partez pour votre première randonnée d’1 semaine dans les Alpes avec juste, une tarp pour seul abris, il y a de grandes chances que vous soyez à jamais dégouté de ce sport. Par contre le randonneur expérimenté saura comment adapter sa tarp à n’importe quel environnement pour rester au sec.
Courir le plus naturellement possible reste ma cible dans l’Ultra, mais il ne faut pas oublier à quel point je suis encore jeune dans cette discipline et qu’il me faut encore gagner en maturité pour progresser, tant dans l’allongement des distances de courses que dans l’allègement de mon matériel.
Crédit Photo : R’eyes
Oslo said:
Je suis avec intérêt ta progression dans la course minimaliste. Et je suis entièrement d’accord avec ces sages paroles au sujet de l’expérience. J’ai l’impression que plus on engrange des kilomètres et plus on en découvre encore au sujet de l’ultra, c’est aussi pour ça que c’est si passionnant comme expérience/aventure/sport. On n’est pas prêt d’en faire le tour !
Vincent said:
Bonjour,
Je suis un peu comme Oslo. Ton retour d’expérience est utile pour moi, qui me retrouve en partie dans ton aventure. Depuis mon entrée dans le « mimimalisme », j’ai du reduire mon volume de course du fait de douleurs au pied, et de ce fait choisir de ne pas faire des trails qui m’attiraient. Le but, pour moi aussi, est de reprendre prochainement le trail et l’utra-trail (ou je ne suis encore qu’un novice) dans une version minimaliste. Ton expérience m’est donc très utile.
A propos, peux-tu nous décrire tes douleurs au pied et comment tu les soignes ? J’éprouve pour ma part ce qui semble être un cas « classique » de douleur sur le dessus du pied (contenue par la glace, les étirements, et une dimininution dans le volume et la fréquence des entraînements), et je suis curieux de savoir si c’est vraiment si commun en course « minimaliste » et comment d’autres coureurs s’en sortent. Tes commentaires, j’en suis persuadé, seront utiles aussi à d’autres que moi.
Vincent
Runonline said:
Bruno, qu’as-tu décidé du coup ? tu reviens à un modèle plus technique type La Sportiva ? tu agis sur le kilométrage ?
Bipedy said:
Merci, pour vos commentaires, j’apprécie votre retour qui me fait avancer dans ma réflexion.
Pour ce qui est des douleurs au pied, c’est plus une sensation de fatigue et de faiblesse qu’une douleur liée à une blessure. J’ai rendez vous avec l’ostéopathe demain, je pense que je ferais un retour sur ce sujet.
En fait je suis en quelque sorte plongé dans une petite remise en question, de ma vision de la course. Je ne sais pas sur quoi cela va déboucher, mais aujourd’hui j’ai le sentiment d’être dans une impasse. Je me reproche d’avoir privilégié l’allégement du matériel au dépend de l’ultra dans sa globalité. C’est comme si j’essayé de forcer une porte automatique qui ne s’ouvrirait pas assez vite.
Je reste persuadé que «moins, c’est mieux». Mais toute chose à son temps.
Je me suis accordé une semaine de repos après le trail des lavoirs, puis la semaine dernière j’ai recouru 4 séances de 12km200+ (3 en Xtalon et une en VFF Kso Trek). La sensation de fatigue est réapparue après la séance vff. Je pense que je vais trop vite avec les vibrams (4m30/km), la partie milieu-avant de mes pied n’est pas encore assez dure pour absorber les chocs et les cailloux.
Mais d’un autre coté je ne veux pas aller moins vite, je me sens bien à plus de 12km/h et si je n’ai pas un ami avec moi pour discuter je ne veux pas me forcer à aller moins vite.
D’où la question faut-il perdre en plaisir de course pour progresser sur la voie minimaliste ? Ou pour le dire plus sportivement : Vaut mieux finir le marathon de Paris en 2h50′ chaussé ou en 3h30′ pieds nus ?
Je ne sais pas, disons qu’aujourd’hui j’ai envie de pousser le moteur, j’ai envie de voir jusqu’où je peux pousser ma vma, mais aussi combien de kilomètres mon corps peut endurer. Bref, je suis encore dans la phase découverte de l’Ultra, la phase où les progrès sont rapides tous comme les satisfactions. Et courir, «à tous prix», pieds nus ou en vff me limite dans cette découverte.
Donc, à court termes, je vais continuer à faire la majorité de mes kilomètres avec mes Crosslites , et des Inov8 F230 ou XTalon. Je réserverais les vff et les pieds nus aux séances de récup, ou les footing pour discuter avec les amis.
Puis naturellement la progression vers le minimalisme devrait se poursuivre et s’approfondir.
Olivier said:
Bonjour,
Pour moi, la course pied-nu n’est pour le moment qu’un « exercice » pour maintenir une position de course naturelle, un dynamisme de pied qu’on perd avec des chaussures trop amortissantes, une attaque naturellement tonique et jouant son rôle d’amortisseur naturel. Pour cela, je finis souvent mes sorties par 1km pied-nus, les chaussures et chaussettes à la mains. C’est d’ailleurs étonnant comment on se sent léger et libre ainsi !
Parallèlement, j’allège le plus possible mon équipement et mes outils électroniques pour ne garder qu’une montre et toute mon attention focalisée sur mes sensations.
Je ne pense pas (mais sait-on jamais…) courir un jour un ultra sans chaussure mais je tiens à garder une orientation où l’assistanat (chaussures, matériel électronique) perd peu à peu du terrain pour un retour vers « l’essentiel », le plaisir de s’écouter et de maîtriser son effort en toute autonomie.
Runonline said:
Je crois que la matériel Hi-Tech (GPs, Pod, compression, etc.) sont des choses utiles et qui peuvent apporter beaucoup à l’entraînement. C’est en tout cas mon opinion, pour les compétition, partir un peu plus léger sur le plan matériel mais aussi mental (avec peu d’outils pour nous perturber). D’un autre côté, utiliser du matériel devrait aussi nous libérer un peu et nous aider à mieux gérer les courses ??! pas si simple que ça, on le voit bien.
Bipedy said:
Merci pour ce commentaire Olivier. Je pense que finir par 1km de course pieds nus certaines séances peut être en effet une bonne façon de profiter du minimalisme sans altérer sa préparation. Je vais tester très prochainement !
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