Ultra Endurance : un sport «holistique»

Pourquoi as tu besoin de courir autant ?
C’est souvent la question du nouveau collègue découvrant que vous n’avez pas passé le week-end à jardiner mais à crapahuter 80km dans les Ardennes. S’il y a beaucoup à dire sur la perception de ce sport par la société, tout du moins cette question mérite d’être posée. Ou plutôt tout coureur d’Ultra devrait se la poser un moment ou un autre.
Non je n’ai pas besoin de courir, non je ne suis pas de mauvaise humeur si je passe une semaine sans courir, non je ne suis pas masochiste, la douleur n’est pas le but de ma pratique.
Alors quoi ? qu’est ce qui me pousse à passer autant d’heure sur les chemins, à fleureter avec la souffrance et la blessure ? pourquoi j’aime autant parler de ma pratique autour de moi et sur ce blog ?
C’est le caractère holistique de l’ultra qui me séduit tant. J’entends ce terme au sens de médecine holistique (La médecine holistique est une pratique visant à traiter la personne de façon globale (le corps et l’esprit) et non pas seulement la partie affectée par les symptômes).
En effet, pour pratiquer mais surtout pour durer et s’épanouir dans l’Ultra, il est nécessaire de développer sa personne dans son ensemble tant son corps que son esprit. Et ce développement prend du temps. Impossible de se faire ultra runner en un jour. Prenez un corps en bonne santé non entrainé, entrainez le comme il se doit pour finir l’Utmb dans 3 mois (+de 60km/semaine, vma/seuil/cotes, sorties longues, week-end chocs…), 9,99 chances sur 10 que le corps casse à un endroit ou à un autre.
D’autre part ce n’est pas seulement des muscles qu’il faut développer mais l’ensemble du mécanisme biologique qui nous fait vivre. Respirer, Manger, boire, distribuer l’énergie (oxygène,lipides,glucides,proteines…), réguler la température (eau) éliminer les résidus (acides lactiques, urines…). Pour peux que la curiosité fasse partie de votre caractère, vous ouvrez alors la porte vers un grand nombre de savoirs qui vont vous permettre de comprendre le fonctionnement de votre corps, de le développer et de l’apprivoiser. Après tout c’est notre seul moyen de transport tant sur un Ultra que dans la vie.
Sans oublier le Mental. Ce fameux mental dont tout le monde parle, ce concept qui tantôt nous pousse à l’abandon, tantôt nous fait accomplir des exploits que nous n’aurions jamais osés rêver. Relié au système nerveux, le mental est a la jonction entre votre corps et votre esprit, il utilise toute la gamme des émotions pour s’exprimer : joie teintée de larme, colère douloureuse, craintes des prochains kilomètres… Combien de temps faut-il pour s’approprier et dompter son propre esprit, pour rester maître chez soi pendant toute la durée d’un ultra ? Quel manuel ? si ce n’est l’expérience de la vie.
Et justement, ce qui est magnifique, toutes ces compétences primaires, participent au développement de soi, tant dans notre propre perception au sein de la société que dans nos relations familiales, professionnelles, amicales… D’ailleurs, l’Ultra suprême est celui qui débute à votre naissance et s’achève à votre mort. Libre à vous de jouir du chemin et d’explorer les mondes ou pas.
En un quatre mots l’Ultra, ça vous transforme.
C’est pour cette raison que je pratique et que j’aime autant l’Ultra Endurance. Car j’ai la sensation de progresser sur le chemin de la vie et ce, au fil des kilomètres. Par cette voie, je deviens acteur de ma vie, je gagne en autonomie et en liberté. Je ne suis plus simple spectateur d’une vie dont le programme me serait imposé.
C’est mon interprétation de l’Ultra Way of Life et c’est pourquoi je cours.
Crédit Photo : Rosh PR
Ultra-Steph said:
Magnifique ! L’aspect holistique de l’Ultra est fondamental pour ne pas être uniquement une question de performance mais bien un état d’être.
Décidément on va encore avoir de quoi discuter la prochaine fois !
S./
Olivier said:
Bravo ! Très beau texte dont le contenu met parfaitement en mots tout ce que je ressens plus ou moins consciemment dans ma pratique de l’Ultra. L’aspect « compétition » est nettement remis à sa juste place : secondaire pour laisser la primeur à une conception plus globale et plus humaniste.
Alexandre said:
super billet… dont je partage pleinement le contenu, bien que je ne sois pas (encore?) un ultra-coureur, m’arrêtant (pour le moment?) au marathon.
Thierry said:
Tu es en forme !!! Post très intéressant, une bonne synthèse de choses qu’on appréhende ( qu’on appréhende seulement quand on est pas un ultra-runner sérieux – 46 km peut mieux faire
) ; c’est toujours bien de mettre des mots sur des choses comme celles-ci et de les partager.
Grâce à ton site j’emmène le bouquin sur le Chi-running pour les vacances ; j’ai hâte d’y être !!!
Thierry
bruno said:
Hello
pfff, magnifique, un super post
tout y est
kenavo
Vincent said:
Bonjour,
Beau poste. Ca rejoint complètement ma réflexion. Je ne suis pourtant qu’un petit coureur d’ultra, avec, comme Thierry, un record à 46 km – le trail des Poilus, sur lequel on s’est sans doute croisé (au départ en tout cas !).
Parfois cependant, je me dis qu’on court peut-être pour des raisons plus prosaiques: le simple plaisir de courir, et, dans l’ultra, l’envie d’aller voir un peu plus loin. Des motivations assez primaires finalement (des restes de l’époque lointaine où nos ancêtres couraient/se déplaçaient pour survivre ?), et peut-être un peu difficiles à comprendre ou même à justifier.
Vincent
Bipedy said:
Bonjour Vincent et Thierry,
Certes l’Ultra commence techniquement à un peu plus de 42km, mais l’état d’ésprit est aussi important que la distance, comme le note très bien la charte d’Ultrafondus.
«Sortir du cadre, oser partir, aimer revenir,apprécier de ne rien faire, se sentir libre et user de se droit en abusant de ses jambes (…). toute le monde peut arriver un jour à dépasser les bornes.»
Bipedy said:
J’y compte bien cher Stéphane