ChiRunning de Danny Dreyer : Les grands principes (2/4)

mar 9th, 2010 by Bruno | 2

Dans ChiRunning il y a d’abord «Chi» qui vient du chinois 气 ou Qi (prononcez tchi ) et qui désigne l’énergie interne ou le souffle de vie qui circule dans le corps le long des méridiens. On retrouve le Chi dans la médecine chinoise bien sûr mais aussi dans toutes les pratiques sportives ou artistiques en Orient. Le Chi est en effet à l’origine du mouvement. Que ce soit le coup de pied du combattant ou le geste qu’imprime le calligraphe à son pinceau, le Chi est à la fois la potentialité du mouvement et la source de celui-ci.

Dans la tradition énergétique chinoise, il existe une série d’exercices corporels, rythmés par la respiration et qui ont pour but de faire circuler le Chi dans le corps afin de préserver la santé.

C’est ce qu’on appel le Tai Ji Quan 太极拳  .

Dreyer a très vite été attiré par le Tai Ji Quan, pas seulement pour la pratique de cette gymnastique chinoise en elle même, mais aussi pour les applications qu’il pourrait en tirer dans d’autres sports dont la course à pied.

Finalement, ce que l’auteur va retenir du Tai Ji Quan, c’est l’esprit comme l’équilibre interne et l’osmose avec son environnement, mais surtout les fondamentaux mécaniques : 
-Une bonne posture
-Des membres détendus
-Des articulations relâchées
-Des muscles du tronc bien utilisés
-Une bonne technique de respiration

Par une étude des forces en présence lors du mouvement de la course à pied, Danny Dreyer va définir une série de postures et de techniques permettant de minimiser les points de résistance lors du déplacement et ainsi de courir en consommant moins de ressources internes.

Pour visualiser les forces physiques qui s’appliquent à la course à pied je vous renvoie à la vidéo du billet d’introduction.

L’esprit du ChiRunning repose donc sur une coopération avec son environnement plutôt que sur l’idée d’un affrontement. On ne conquière pas une montagne, on coopère avec elle afin de la gravir plus facilement. Plus vous vous placez dans un rapport de force avec votre environnement et plus vous allez dépenser de l’énergie pour vous mouvoir.

On retrouve ici les principes des arts martiaux, comme le judo où il est nécessaire d’utiliser la force de l’adversaire pour vaincre. Dans la course à pied vos adversaires sont la force de gravité et l’épuisement des ressources énergétiques avec la distance.

Cette façon de percevoir son environnement implique donc une attitude ouverte et attentive qui peut être renforcée avec les 3 principes clés du Chi running. 

-L’aiguille dans du coton : 

l’image d’une aiguille dans un morceau de coton représente la posture idéale pendant la course à pied. L’aiguille symbolisant la colonne vertébrale et les muscles du tronc, quand au coton, il représente vos membres supérieurs et inférieurs. Dans tous les sports de mouvement, le geste trouve son point de départ dans la colonne vertébrale. Si celle ci n’est pas stable, le geste sera peu adroit. Dans la course à pied c’est la même chose, nous courrons avant tout avec notre tronc et pas avec nos jambes. Si ce dernier n’est pas stable et correctement positionné, vos membres seront moins précis et en déséquilibre permanent qu’il faudra compenser en utilisant beaucoup plus d’énergie que nécessaire. Il faut donc visualiser un centre solide (comme l’aiguille) auquel est relié nos membres moteurs qui eux peuvent être souples (comme le coton).

- L’approche progressive :

Dans la course à pied les changements doivent être progressifs. Le corps à besoin de temps pour s’adapter, c’est pourquoi il est important, de changer sa façon de courir morceau par morceau (la pose des pieds, puis le relâchement des bras, la position du bassin…). Chaque progrès doit être aussi lentement assimilé par le corps pour que la posture devienne naturelle.
Les kilomètres doivent s’ajouter eux aussi progressivement, afin d’éviter tout risque de blessure. On conseille en général de ne pas augmenter de plus de 20% le kilométrage mensuels.

-L’équilibre en mouvement :

La clé du ChiRunning repose dans la capacité du pratiquant à toujours trouver le point d’équilibre entre les différentes forces extérieures qui agissent sur le corps pendant le déplacement. Chaque fois qu’une partie du corps se déplace, elle doit être soutenu par l’ensemble des autres parties. Visualisez la course d’un guépard, tout son corps contribue au mouvement, sa course est très équilibrées. Le but est avant tout de trouver son centre d’équilibre et de corriger les différences entre les cotés droit et gauche (est ce que les épaules sont au même niveau, est ce qu’un pied ne pointe pas vers l’extérieur?…)

Il sera important d’aborder les techniques du ChiRunning en gardant en mémoire ces trois principes. Parallèlement afin d’accompagner votre acquisition des techniques du ChiRunning, il est important de comprendre les 4 outils qui vous permettront d’intégrer vos progrès dans la mémoire du corps et donc dans la durée. Cette partie est très proche des premiers chapitres de Slow Burn de Stu Mittleman.

- Fixer votre esprit :

Comme je l’écrivais dans l’introduction, le ChiRunning n’est pas seulement une technique de course c’est aussi une façon de penser la course à pied. Fixer son esprit sur le moment présent est important afin de se concentrer sur son objectif. Danny Dreyer site l’exemple de Tiger Woods lorsqu’il s’apprête à taper dans la balle de golf. Il regarde d’abord son objectif puis son regard se dirige sur la balle. Il ne la lâchera plus du regard tant que celle ci n’aura pas été en contact avec le club.

C’est cette attention sur le geste et le moment présent qu’il faut recréer pendant la course. Essayer, par moment de porter 100% de votre attention sur le geste sans laisser voter esprit vagabonder dans ses diverses pensées. Lorsque les techniques seront bien intégré par votre corps, il ne sera même plus nécessaire de se concentrer sur leur applications, le regard pourra alors se porter sur le but et l’environnement extérieur.

- Scanner votre corps :

Ressentir l’état de son corps à tout moment est un savoir faire très important dans le ChiRunning. L’attention portée sur votre corps ne vous dira pas seulement si votre posture est correcte ou non, mais elle créera un espace de communication. En effet, il est important de saisir les messages de votre corps afin d’éviter les blessures.

Pour travailler cette capacité vous pouvez vous tenir debout devant un miroir, fermez les yeux et ressentez votre corps des pieds à la tête, en visualisant la position de vos membres. Après une minute ou deux ouvrez les yeux et regardez les différences entre votre imagination et la réalité. Est ce que vos pieds sont parallèles ? Vos épaules alignées ? Vos doigts incurvés ou droit ? La tête est-elle droite….

Il peut être très utile de scanner votre corps régulièrement et pas seulement pendant la course, afin de corriger les mauvaises positions que l’on a tendance à prendre sur notre chaise de bureau ou sur un canapé. Vous pouvez vous aider de la liste suivante, pour effectuer le scan : 

Tête, nuque, épaules, bras, coudes, poignets, mains, haut du dos, poitrine, respiration, abdominaux, bas du dos, bassin, hanches, fessiers, quadriceps, genoux, tibias, mollets, chevilles et enfin vos pieds.

Lorsque vous maîtriser le scan du corps, vous pouvez devenir votre propre coach, en ajustant en permanence votre position.

Ce fut pour moi l’outil le plus utile car en me demandant régulièrement dans quelle état se situe ma posture, j’ai ouvert la porte à une amélioration constante. En plus cette pratique permet de visualiser les progrès ce qui est agréable et très motivant. Par exemple, je courrais naturellement avec les épaules un peu trop relevées, en les scannant régulièrement pendant les entrainements j’ai pu prendre conscience de cet état, puis les relâcher progressivement et détendre les muscles associés. Aujourd’hui elles sont en position basse naturellement, sans y penser, hormis à certaines allures élevées où il me faut encore travailler sur la posture.

- Respirer par le ventre :

Dans cette partie Danny Dreyer décrits la respiration par le ventre que nous avons déjà abordée dans le livre de Stu Mittleman. Les différence entre les deux auteurs étant infimes je vous renvoie au chapitre 12 de Slow Burn.

- Relâcher les tensions internes :

C’est peut être le savoir faire le plus difficile à mettre en place, car le but est d’atteindre un certain niveau de relaxation tout en courant.

Un maître de Tai Ji Quan définissait la relaxation comme « l ’absence de tout effort inutile».

L’effort est donc présent, mais ce sont toutes les tensions et les mouvements parasites qu’il faut supprimer. Plus facile à dire qu’à faire ! En effet, plus vos muscles et vos tendons sont tendus et plus ils consomment de l’énergie. Le relâchement permet d’économiser cette énergie physique pour laisser le Chi vous porter sur les kilomètres.

Lors de longues sorties vous avez surement ressenti par moments une sensation de bien être générale où vous aviez l’impression d’être devenu tout léger et d’avancer sans effort sur le chemin. C’est cette sensation que le ChiRunning cherche à trouver et faire perdurer afin de prolonger le plaisir de courir.

Il est possible d’habituer son corps au relâchement, en pratiquant au repos ce petit exercice :
Dans une position confortable inspirer profondément en contractant l’ensemble de vos muscles. Tenez la position 10 secondes puis expirer tout en relâchant toutes les tensions de votre corps. Mémorisez cette sensation de détente, avant d’essayer de la reproduire en courant.

Les principes du ChiRunning sont aussi importants que les techniques que je vais aborder dans le prochain article. C’est ce qui permet de souder la méthode et de la rendre naturelle pour le corps.

Commentaires

2 Comments on “ChiRunning de Danny Dreyer : Les grands principes (2/4)”


  1. runnerfou said:

    Merci encore
    cela m’éclaire


  2. Bipedy said:

    Salut Runnerfou,

    Je vois sur wanarun que tu souhaites faire le marathon de paris pieds nu ? c’est un peu rapide comme transition vers le barefoot running non ?
    En tout cas, le Chirunning t’aidera surement dans le sens, où il ne suffit pas de courir pieds nus et d’attaquer par l’avant, mais il faut aussi revoir toute la position du corps pour éviter les perditions d’énergie et les impacts.

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