Ardennes Méga Trail : Compte Rendu

juil 8th, 2010 by Bipedy | 4

5,4,3,2,1 et c’est parti, me voilà dans la commune des hautes rivières quelques secondes après le départ du premier Ardennes Méga Trail. Dernier Ultra avant mon objectif de l’année (TDS), je pars avec beaucoup d’appréhensions car on ne peut pas dire que je me sois placé dans les meilleures conditions pour ce trail :

Physique :
N’ayant pas soigné à temps un metatarse meurtri par un trottoir , et surtout lui ayant fait subir un peu trop de kilomètres sans chaussures ou en vff, je ne sais si mon pied pourra tenir les 80km sans me pousser à l’abandon.
Stratégie :
Aucune, trop de choses sont nouvelles, la distance, le dénivelé, la durée. Le profil de la course est étrange avec ses cotes de 200 à 300d+ qui se répettent tout au long du parcours (18 en tout)
Transport :
c’est la première fois que je louais une voiture pour me rendre sur un trail. Ce sera aussi mon premier accident. La veille du départ en sortant de l’espace d’herbe où je venais de planter ma tente j’ai heurté un lampadaire qui s’est magistralement vautré sur la chaussée devant le regard médusé des autres coureurs. Je vous laisse immaginer mon état en allant expliquer ma bétise auprès de l’organisation de la course et du représentant de la mairie…
Alimentation :
Pas de ravitaillement homis de l’eau. Sur le papier j’aime bien le concept, on se rapproche du off. Sauf que lorsqu’il faut charger le sac, j’étais bien incapable de savoir ce que mon corps allait devoir consommer sur le parcours. Je n’aime pas les géls et les aliments trop sucrés. J’ai donc embarqué la même chose que sur les trails plus courts en augmentant les quantités. 8 compotes (une tous les 10km plus une en reserve) un paquet d’abricot sec, quelques noix et un peu de viande séchée pour le salée. La boisson ce sera pour le début mi st-yorre mi hépart.
Temps :
Ca s’annonce chaud très chaud, 37 degrés ont été relevés dans les Ardennes la veille de la course . Heureusement que la forêt nous protégera.

Bref on a vu mieux comme préparation, pourtant au réveil l’envie était bien là, les jambes ont répondu présentes.

À 5h Le jour commence à se lever et les frontales sont peux utiles, à peine 200m de course qu’un virage nous fait pénétrer dans la forêt qui ne nous lachera pratiquement plus, et surtout ca monte déjà. Pas le temps de se caler dans un rythme qu’il faut déjà alterner marche et course. J’effectue la première heure de course avec un ardennais qui vient de se mettre au trail. Pour un premier je trouve que c’est très courageux avec uniquement une course de 20km comme plus longue distance. Nous discutons tout en avancant à un bon rythme dans le premier quart du peloton. J’en oublie presque que mon pied commence à raler surtout dans les premières descentes techniques. Pour le reste les signaux sont au vert.

Les monotraces se multiplient, avec de nombreux tobogans qui m’imposent un rythme rapide pour profiter de l’effet de relance, mais le paysage est magnifique pour qui aime la forêt et le dénivelé.
Premier ravitalliement au kilometre 16, mon pied me fait de plus en plus mal mais c’est encore surpotable. Pour le reste toujours au vert, pas de fatigue dans les jambes l’envie de courir est encore là, c’est bon pour le mental. Entre le 20ième et le 40ième se présentent les meilleurs points de vu de parcours, du haut des sommets la vue est magnifique avec la Meuse qui serpente en traversant les villages. Le prix de ce spectacle : des cotes de plus en plus raides, et un soleil qui commence à chauffer sérieusement.

J’arrive à la mi course en 5h13′ avec des signaux toujours au vert le pied commence même à me faire moins mal, je crois qu’il a compris que ca ne servait à rien de raller. La fatigue commence à pointer le bout de son nez mais rien de bien anormal apres cette première partie de parcours. On me pointe en 21ième position je continue donc à reprendre les concurents doucement, ce qui me fait vite oublier la fatigue.

L’avantage des ravitos en eau seulement, c’est qu’il n’y a pas de raisons de s’y attarder. Le temps de remplir sa gourde si nécessaire, boire un verre ou deux et c’est repartis (2-3mn max). Finalement c’est dans les ravitos que j’ai du doubler le plus de concurrents. Par contre une fois ravitaillé en eau je marche pendant 200m afin de me nourrir tranquillement, avant de reprendre la course.

Pas trop le temps de courir car juste après la mi course, c’est la côte de «Madagascar» : 300m D+ avec une pente à plus de 50% dit-ons. Mieux vaut être patient car la montée va prendre du temps, beaucoup de temps. Au passage je me dits que je suis content de ne pas avoir de bâtons. Je trouve que les mains derrières le dos, le corps droit avec la tête qui tire vers le haut comme pour alléger le corps, je peux prendre un rythme qui me permet de monter relativement vite, sans trop me griller. Je vais reprendre 3 concurrents sur cette côte dont la première féminine qui ne manquera pas de me repasser quelques kilomètres plus loin sans me laisser d’espoir de la revoir avant l’arrivée.

J’ai tout de même laissé beaucoup d’énergie dans cette montée, et les deux petites qui suivent. Ma tête tourne un peu, j’ai peut être prévu un peu léger question nourriture. Entre le 50 et 58ième ce sera le passage le plus difficile, mentalement j’ai envie de me coucher et de dormir, dormir, dormir. Comme à l’Origole, c’est la rencontre avec un bénévole qui va me redonner envie. Au 58ième après un passage dans des rochers où s’entrainent quelques pratiquants d’escalade, je discute 2 minute avec un bénévole qui nous ravitaille en eau, quelques phrases banales, mais j’ai lu dans son regard que j’allais finir, pour lui j’avais fait le plus dur, le reste devait suivre naturellement. Dès ce moment, j’ai arrêté de me demander si j’allais tenir, j’ai simplement penser à «faire le travail».

Faire le travail dans mon jargons, c’est se concentrer sur sa posture et avancer, prendre le rythme de la pente mais avancer pour abattre les kilomètres. Je les ai donc abbatus, sans précipitation mais avec ce petit sourire en coin de celui qui sait qu’il a gagné son pari. À chaque contrôle ou ravito on m’annonce 17ième, mais c’est plutôt le chiffre des kilomètres qui m’importe, sentir que je progresse que la fin approche.

Après une traversée de la Samoy rafraîchissante, les derniers 200m sont là avec un speaker et quelques dizaines de personnes qui applaudissent, c’est pas l’arrivée à Chamonix mais ça fait chaud au coeur. Je ne peux m’empêcher de taper dans les mains du représentant de la mairie que j’ai rencontré la veille à cause du lampadaire. «T’as bien fait de venir finalement» me dit-il.

Oui j’ai bien fait de venir. 17 au scratch, 8ième dans ma catégorie (comme au trail des lavoirs !), je me suis rassuré pour la TDS. Rien n’est gagné tant la difficulté est plus importante. Mais je sais désormais, que je peux tenir des long trails cassants sans puiser au fond de mes ressources. Je sais aussi qu’il me faut travailler encore 2 points importants en Ultra. Mon mental (la perte de motivation entre le 50 et 60ième n’était pas indispensable) et ma capacité à courir à un meilleur rythme après 10h d’efforts.

Un dernier mot pour saluer l’organisation, pour son premier trail, c’est une belle réussite, aucuns faux pas : Espace de camping, bénévoles, balisages, ravitos, pointage, informations, repas, loterie des finishers..tout était bien organisé, BRAVO !

L’AMT est donc un trail atypique, difficile par ses côtes cassantes, mais magnifique pour qui aime la forêt.

Crédit Vidéo : Damien Badré

Commentaires

4 Comments on “Ardennes Méga Trail : Compte Rendu”


  1. lamiricore said:

    Ouh tu envois du lourd !!! Voila un sérieux candidat pour le TTTRAIL (http://www.tttrail.fr) rejoins-nous donc dans notre guette de … l’Ultra ?

    Plus sérieusement bravo on a l’impression que tu mets le cerveau en mode OFF et … tu finis pépère !!!! J’aurais besoin de quelques conseils pour débrancher le mien ! C quel fils ? Le rouge ou le bleu ??? Quel con il a fait le péter le pont !!!


  2. Bipedy said:

    Salut Lamiricore,

    Bon il était pas aussi débranché que je le voulais, mais jusqu’à présent sur tous mes ultra j’ai eu un moment de combat entre une partie de moi même persuadée que je n’y arriverai pas et une autre qui me croyait capable de tout. La bataille se calme par la victoire de l’un ou de l’autre. Aujourd’hui, c’est souvent un évènement extérieur qui est mon juge de paix. Il me faut progresser pour que je puisse, moi même, de l’intérieur, être capable d’influencer cette bataille. Voilà une des grandes difficulté de l’Ultra il me semble, et aucun plan d’entrainement ne peux expliquer comment faire.


  3. Fred said:

    Salut.

    Après l’histoire du lampadaire, je t’ai dit que c’était un bon signe pour le lendemain. Qu’il valait mieux manquer d echance la veille que le jour de la course. J’ai eu raison ;-)
    Félicitations pour ta course et à l’année prochaine j’espère.

    Fred Bénévole sur l’AMT.

    PS : Bonne chance pour le TDS


  4. Bipedy said:

    Merci Fred En effet tu avais raison. Je n’avais pas voulu te croire la veille de la course. Bon je ne recommederais tout de meme pas aux lecteurs de casser un lampadaire pour reussir leur course :-D
    Encore bravo pour l’organistion, pour une premiere edition c’est une vrai reussite

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