
Et bien voilà un week-end de trail que je ne suis pas près d’oublier de si tôt.
Premier trail de haute montagne, j’étais venu pour apprendre et finir la TDS, j’ai énormément appris mais je n’ai pas couru un seul kilomètre de la TDS.
Une avant course en forme de guerre psychologique
La partie débute le vendredi par une fausse ambiance de ‘tout roule-tout va bien se passer’. Arrivant vers midi à Chamonix, les nuages laissent passer quelques rayons de soleils annonciateurs du beau temps à venir j’en reste persuadé, malgré un premier SMS de l’organisation nous prévenant des conditions difficiles. Formalité de dossard, passage au salon du trail où j’en profite pour acheter ce qui me manque (porte dossard et boisson Effinov), saluer runstephane qui tient le stand UFO et me réabonner pour 2 ans à ultrafondus en espérant que les dieux ufiens y seront sensibles et veilleront sur moi samedi. Resto, sieste puis un petit passage sur le parcours de l’UTMB aux Houches où je loge. Une brève sensation de froid m’envahit lorsque je voie passer les premiers en maillot sans manches sous une forte pluie. Je crois en mon étoile et reste persuadé que le temps va se lever d’ici minuit.
Je suis confiant à 20h15 je monte dans le bus pour Courmayer, un léger stress positif s’installe. Le bus pourtant ne part pas. Apres
30mn puis 1h et 2h de retard, pas d’annonce officielle mais la rumeur enfle, l’organisation réfléchit à une neutralisation de l’UTMB puis l’UTMB est neutralisé ensuite l’UTMB est stoppé définitivement pour finir il faut les bus pour rapatrier les coureurs. Tout le monde descend.
J’encaisse le choc et me dirige vers le gymnase je pense que la TDS va être aussi annulée. Contre attaque à dix heures un SMS nous laisse entendre que la course ne serait que reportée de trois heures. Je reprends espoir mais un peu avant une heure c’est le coup de grâce. On vient nous annoncer de manière officielle que la course est annulée. Je suis à terre mon adversaire du jour est trop fort, je me sens mal et retourne à l’hôtel sans forces morales. Impossible de fermer l’œil. Vers 2h30 nouvel SMS une course aura lieu samedi à Courmayeur, premiers bus à 6h30. J’ai une deuxième chance pour ne pas repartir bredouille. Problème, je gère très mal les changements d’humeurs si rapides, mon cerveau est survolté et je tourne en rond sans pouvoir dormir. Je commence à m’assoupir quand vers 5h du matin tombe un nouveau SMS. En raison de l’arrêt de la CCC, il n’y aura que 1000 places dans les bus. J’agie vite, me lève, m’habille, reprends le sac, mais dans la précipitation j’oublie mon cardio-altimètre. A 6h15 je fais le pied de grue sous la pluie et monte dans le premier bus qui pars peu après
Dans le tunnel du mont blanc, je me demande ce que je fais là. Je suis fatigué, je vais me lancer dans une course dont je ne connais rien hormis qu’elle sera un mixe entre la CCC et la deuxième partie de l’UTMB. J’essaie néanmoins de me reconstruire doucement autour de l’idée qui va me diriger : je suis là pour apprendre donc toute expérience est bonne à prendre. Petit déjeuner à Courmauyeur dans une ambiance un peu terne. Je fais une queue d’1/2 heure pour accéder aux toilettes en compagnie de Fréderic dernier vainqueur des 100 km de la Drôme. J’apprécie beaucoup sa vision du trail très épurée avec beaucoup de « feeling » (il terminera cette couse dans les 40 premiers).
Une course en aveugle
Vers 9h30 grand soleil sur Courmayeur, je me sens bien. Seul hic, je n’ai que des mauvaises cartes en main (nuit quasi blanche, parcours non préparé et inconnu, pas de montre), tant pis on va jouer au bluff. Je pars dans le premier quart et me place à mon allure dans la montée du col de Bertone ce qui m’évite les bouchons. Je suis bien les jambes sont là.
Entre pluie fine et soleil, un superbe arc en ciel se dessine dans la vallée juste au dessous de nous. C’est magnifique.
Avant la montée sur le col ferret j’exulte en voyant sur la carte du ravito que nous avons parcouru 21km. L’ascenssion est difficile dans les nuages, le vent et le froid, mais je reste confiant. Je reprends pas mal de monde dans la descente, sauf vers la fin où une forte pente et beaucoup de boue me font regretter (ce sera la seule fois) de ne pas avoir de bâtons. Au passage ma tendinite de la patte d’oie (droite et gauche) se réveille mais c’est supportable. Avant de repartir de la Fouly un coup d’œil à la carte : 41km de fait presque la moitié et les 10 prochains km sont en desentes. A la sortie du ravito je tombe sur Hervé avec qui j’ai couru l’AMT. Nous nous motivons et ne lâchons rien sur cette partie roulante. Petit coup dur je sens l’eau de ma gourde dégouliner sur mes jambes. Un arrêt de quelques minutes s’impose, car je crois faussement que ma gourde est percée. Je repars et fais l’effort pour rejoindre Hervé. Je le paye cache des le début de la montée sur Champex.
Gros coup de fatigue. Physiquement pas de douleurs hormis la tendinite, pourtant impossible d’avancer dans la montée et je perds Hervé de vue. J’ai l’impression que toute la fatigue accumulée, la veille me tombe dessus d’un coup. Après Champex, il reste 3 gros cols je ne vois pas comment je vais faire. Au ravito de champex, je retrouve Hervé et une bonne assiette de nouilles. C’est là que je décide de jouer mon plus gros coup de bluff, je sors du ravito tout de suite (à peine 5mn en tout) sans me laisser le temps de cogiter. Hervé est avec moi nous faisons le point sur les km restants et là je me prends une sacrée gifle, il fallait enlever 10km sur les cartes de la CCC affichées aux ravitos. Ce n’est pas 30 mais 40km qu’il me reste. Mon coup de bluff aura duré à peine une minute. La montée sur Bovine finit de m’achever. Impossible de monter à une bonne allure, je dois reprendre mon souffle tous les 30 secondes et comme j’étais encore bien placé, beaucoup de coureurs me dépasse. C’est dur pour le moral surtout que je ne comprends pas pourquoi je n’avance pas je n’ai pas les jambes durs, pas de crampes.
Heureusement, le paysage en haut du col est magnifique, avec une vue plongeante sur Martigny 800m plus bas. Rien que pour ça, ça valait le coup de souffrir dans la montée.
Je me promets de rendre le dossard à Bovine. L’idée me fait beaucoup rire quand je découvre que le ravito n’est qu’une tente au milieu des pâturages. Je vais devoir me taper les 750m de descente ce qui n’est pas pour faire plaisir à ma tendinite. J’arrive a Trent à 20h, il reste 28km et deux cols importants je pourrais terminer en marchant lentement ou même dormir deux ou trois heures les barrières horaires sont loin. Mais la motivation n’est plus là. Ce n’est pas ‘ma’ course et je ne trouve pas le courage pour passer en mode ‘survivor’. Je rends ma puce et me réchauffe au centre médical sous une couverture et l’accueil vraiment chaleureux des bénévoles. Ils me racontent leur courses. Avec l’annulation de l’UTMB et les conditions difficiles, ils ont aussi vécu une nuit très difficile. Un grand merci à eux pour nous avoir permis de courir ce samedi.
2h30 plus tard nous sommes 4 coureurs à vouloir rentrer, le quota est atteint, une navette nous ramène sur Chamonix. Nous passons au bas du col de la tête au vent, les frontales tracent le chemin jusqu’au sommet. L’image est belle.
Conclusion
C’est mon premier véritable abandon, même avec les circonstances atténuantes de l’avant course, c’est difficiles d’arrêter à moins de 30km de l’arrivée. Mais je veux voir le coté positif, on m’a donné une chance de courir alors que tout était annulé et j’ai appris plus de choses en 60km d’UTMB tronqué que dans tous mes trails de cette année.
Finalement, ma bonne performance sur l’AMT m’a aveuglé sur pas mal de mes faiblesses. Cette course et cet abandon, vont me permettre de travailler ces points faibles et de revenir sur une des courses de l’UTMB encore plus fort.
Remerciement particulier à ma mère pour avoir fait plusieurs fois la navette à des heures pas possibles entre les Houches et Chamonix. J’avais vendu à mes parents un week-end tranquille à Chamonix au retour de leurs vacances, c’est un peu raté…
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